La schizophrĂ©nie est une maladie psychiatrique caractĂ©risĂ©e par un ensemble de symptĂ´mes très variables : les plus impressionnants sont les dĂ©lires et les hallucinations, mais les plus invalidants sont le retrait social et les difficultĂ©s cognitives. Aujourd’hui, une prise en charge adaptĂ©e permet d’obtenir une rĂ©mission durable chez un tiers des patients. Les chercheurs tentent de mieux comprendre la pathologie et ses facteurs de risque. La schizophrĂ©nie concerne environ 0,7% de la population mondiale, dont 600 000 personnes en France. Elle sĂ©vit dans toutes les rĂ©gions du monde mais semble plus frĂ©quente en milieu urbain et chez les migrants. Elle se dĂ©clare le plus souvent Ă  l’adolescence, entre 15 et 25 ans. Elle peut ĂŞtre diagnostiquĂ©e plus tĂ´t, mais très rarement chez des enfants. Dans 35 % Ă  40 % des cas, elle se manifeste par des dĂ©buts aigus, avec des bouffĂ©es dĂ©lirantes. Une hospitalisation est souvent nĂ©cessaire lors du premier Ă©pisode.La maladie touche aussi bien les femmes que les hommes. Toutefois, d’après certaines Ă©tudes, elle pourrait ĂŞtre plus prĂ©coce et plus invalidante chez ces derniers.Des symptĂ´mes très variablesLes symptĂ´mes de la schizophrĂ©nie sont très hĂ©tĂ©rogènes d’un patient Ă  l’autre et Ă©voluent souvent au cours de la maladie. Les cliniciens les classent en trois groupes :Les symptĂ´mes positifs sont les plus impressionnants : un sentiment de persĂ©cution (paranoĂŻa), une mĂ©galomanie, des idĂ©es dĂ©lirantes bizarres, invraisemblables et excentriques, mais Ă©galement d’hallucinations sensorielles. Ces dernières sont le plus souvent auditives, avec une ou plusieurs voix discutant des pensĂ©es du patient. Elles peuvent aussi ĂŞtre visuelles, olfactives, tactiles ou gustatives.Les symptĂ´mes nĂ©gatifs correspondent Ă  un appauvrissement affectif et Ă©motionnel avec une mise en retrait par rapport Ă  la famille et la sociĂ©tĂ©. Les cliniciens parlent souvent d’"Ă©moussement" de l’émotivitĂ©, de la communication et de la volontĂ©. Les patients s’isolent, prĂ©sentent une perte d’intĂ©rĂŞt, une difficultĂ© Ă  entreprendre des actions et paraissent insensibles au monde extĂ©rieur.Il existe par ailleurs une dĂ©sorganisation de la pensĂ©e, des paroles, des Ă©motions et des comportements. Les patients Ă©voquent des sentiments contradictoires dans une mĂŞme discussion, tiennent des discours incohĂ©rents. A ces symptĂ´mes s’ajoutent très souvent une baisse de l’attention, de la concentration, de la mĂ©moire ou encore de la comprĂ©hension. Cela se traduit notamment par une incapacitĂ© Ă  planifier des tâches simples, comme faire son travail ou des courses, source d’un handicap majeur dans la vie quotidienne.La prĂ©sence de symptĂ´mes positifs facilite le diagnostic de la maladie. A l’inverse, des symptĂ´mes nĂ©gatifs peuvent ĂŞtre associĂ©s Ă  une dĂ©pression, retardant parfois le diagnostic de plusieurs annĂ©es.Un tiers des patients en rĂ©mission durableLa schizophrĂ©nie est une maladie chronique qui Ă©volue en gĂ©nĂ©ral par phases aiguĂ«s dans les premières annĂ©es, puis qui se stabilise avec des symptĂ´mes rĂ©siduels d’intensitĂ© variable selon les sujets. Le pronostic varie en fonction des caractĂ©ristiques de la maladie. Il dĂ©pend aussi de la qualitĂ© du soutien psychosocial, de l’accès aux soins et de l’adhĂ©sion du patient Ă  sa prise en charge. Il existe des facteurs de bon pronostic, comme le fait d’être une femme, d’être dans une situation sociale et familiale stable lors du premier Ă©pisode psychotique, d’avoir conscience de sa maladie et de participer activement au suivi avec les mĂ©decins, ou encore de bĂ©nĂ©ficier d’une prise en charge rapide dès les premiers troubles psychotiques. D’autres facteurs sont au contraire moins favorables, notamment le fait d’être de sexe masculin, en situation d’isolement social et de cĂ©libat, avoir des antĂ©cĂ©dents familiaux, une progression rapide des symptĂ´mes nĂ©gatifs, ou encore une longue pĂ©riode de latence avant les premiers soins.Au final, environ un tiers des patients sont en rĂ©mission durable après quelques annĂ©es de traitement : ils reprennent une vie sociale, professionnelle et affective. Chez les autres, la maladie persiste dans le temps avec des symptĂ´mes Ă  peu près contrĂ´lĂ©s grâce Ă  un suivi mĂ©dical, mais avec des rechutes possibles. Restent malheureusement 20 Ă  30 % de sujets peu rĂ©pondeurs aux traitements.Une dangerositĂ© surtout contre soi-mĂŞmePendant la phase aigĂĽe de la maladie, les patients ont une qualitĂ© de vie très altĂ©rĂ©e. Environ la moitiĂ© des patients souffrant de schizophrĂ©nie fait au moins une tentative de suicide dans sa vie et 10 % en meurent. En dĂ©pit de l’emphase donnĂ©e Ă  certains faits divers, les patients dangereux pour la sociĂ©tĂ© sont une minoritĂ©. Seuls de rares cas donnent lieu Ă  des accès de violence au cours d’une crise, et cette agressivitĂ© est le plus souvent tournĂ©e vers le patient lui-mĂŞme.Une affaire de gĂ©nĂ©tique et d’environnementLa schizophrĂ©nie est une maladie complexe dont la survenue repose sur la prĂ©sence d’élĂ©ments gĂ©nĂ©tiques et environnementaux.Composante gĂ©nĂ©tique de la maladieIl existe Ă  priori deux types de prĂ©disposition gĂ©nĂ©tique Ă  la maladie :la prĂ©sence chez un individu de plusieurs variants gĂ©nĂ©tiques associĂ©s Ă  un lĂ©ger sur-risque de dĂ©velopper la maladie, qui augmentent sa vulnĂ©rabilitĂ© Ă  des facteurs de risque environnementaux. Des travaux consistant Ă  rechercher des gènes de susceptibilitĂ© Ă  la maladie chez un grand nombre de patients (genome wide association) ont permis de dĂ©tecter certains de ces gènes. Mais l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© du trouble et le faible effet de ces variations gĂ©nĂ©tiques rendent difficile leur identification formelle.la prĂ©sence de mutations ponctuelles, rares mais Ă  effet majeur, qui exposent Ă  un risque beaucoup plus important. Certaines de ces mutations pourraient altĂ©rer des gènes impliquĂ©s dans la plasticitĂ© neuronale, c’est Ă  dire dans la capacitĂ© des neurones Ă  modifier leur activitĂ© en fonction de leur environnement (nouvelles connexions, nouvelles propriĂ©tĂ©s…) pour optimiser le fonctionnement cĂ©rĂ©bral.Au total, probablement près de 10 % de la population serait porteuse de certains facteurs de vulnĂ©rabilitĂ© Ă  la schizophrĂ©nie. Mais, rappelons-le, la maladie touche moins de 1 % des individus. En outre, chez deux vrais jumeaux qui ont le mĂŞme patrimoine gĂ©nĂ©tique, le risque de schizophrĂ©nie de l’un est de 30 Ă  40 % si l’autre est malade. Ainsi, mĂŞme en prĂ©sence de variants gĂ©nĂ©tiques Ă  effet majeur, la gĂ©nĂ©tique n’explique pas Ă  elle seule la survenue de la maladie : elle dĂ©pend Ă©galement de l’environnement.Composante environnementale de la maladieLe poids rĂ©el des facteurs environnementaux est encore mal connu, mais des travaux suggèrent que certains Ă©lĂ©ments influençant le dĂ©veloppement cĂ©rĂ©bral (comme des problèmes au cours du dĂ©veloppement fĹ“tal en raison d’incompatibilitĂ© rhĂ©sus ou de complications liĂ©es Ă  une grippe contractĂ©e pendant la grossesse) pourraient entrainer un risque de dĂ©velopper une schizophrĂ©nie par la suite. D’autres facteurs de risque plus tardifs sont montrĂ©s du doigt comme dĂ©clencheurs de la maladie : La consommation de substances psychogènes comme le cannabis est l’un d’entre eux. Il est maintenant Ă©tabli que l’usage rĂ©gulier de cannabis avant 18 ans double le risque de schizophrĂ©nie. Le fait de vivre en milieu urbain ou encore d’être enfant issu de l’immigration semble Ă©galement jouer un rĂ´le.La maladie est par ailleurs associĂ©e Ă  des anomalies anatomiques au niveau du cerveau : anomalies de la substance grise (les corps cellulaires des neurones et des glies) et de la substance blanche (les fibres nerveuses, axones et dendrites, permettant la communication entre neurones), dĂ©ficit du neuropile (tissu interstitiel de la substance grise), dĂ©ficit oligodendrocytaire, perte de myĂ©line (gaine lipidique des fibres nerveuses).Prise en charge mĂ©dicamenteuse et psychosocialeLa prise en charge de la maladie est difficile en raison de la multiplicitĂ© et de la diversitĂ© des symptĂ´mes. Elle dĂ©pend du profil de chaque patient. Du fait du manque de connaissances relatives aux bases biologiques et environnementales de la maladie, les traitements et thĂ©rapies sont essentiellement symptomatiques. Ils amĂ©liorent nĂ©anmoins la vie des patients et peuvent conduire Ă  une rĂ©mission durable.Après l’arrivĂ©e en 1952 du premier neuroleptique, la chlorpromazine, les antipsychotiques (clozapine, rispĂ©ridone, olanzapine, aripiprazole) ont rĂ©volutionnĂ© la vie des patients principalement atteints de symptĂ´mes positifs. Ces mĂ©dicaments ne "guĂ©rissent" pas la maladie, mais ils attĂ©nuent ses symptĂ´mes et rĂ©duisent les taux de rechute. Ils permettent aussi aux patients d’accĂ©der Ă  la prise en charge psychosociale (rĂ©insertion) ou Ă  la remĂ©diation cognitive (voir plus loin). La difficultĂ© reste nĂ©anmoins de faire adhĂ©rer les patients Ă  leur traitement sur le long terme (au moins deux ans après un premier Ă©pisode, et plus de cinq ans après un second Ă©pisode). Beaucoup des patients sont dans le dĂ©ni, ou interrompent leur traitement après quelques mois, dès qu’ils se sentent mieux ou en raison d’effets indĂ©sirables (en particulier la prise de poids). Ils rechutent alors. Le contrĂ´le de la maladie passe par l’observance du traitement.Malheureusement, les antipsychotiques sont peu (ou pas) efficaces pour attĂ©nuer les symptĂ´mes nĂ©gatifs et la dĂ©sorganisation.La stimulation magnĂ©tique transcranienne semble parfois efficace chez des patients rĂ©sistants aux traitements, ou en adjonction aux antipsychotiques. Mais les modalitĂ©s de son utilisation doivent encore ĂŞtre optimisĂ©es. Cette thĂ©rapie consiste Ă  appliquer un champ magnĂ©tique sur une zone du cerveau pendant quelques secondes. Quelques sĂ©ances menĂ©es sur une courte pĂ©riode peuvent permettre de rĂ©duire drastiquement la survenue d’hallucinations et attĂ©nuer les symptĂ´mes nĂ©gatifs pendant plusieurs mois.Dans les formes de la maladie sĂ©vères ou rĂ©sistantes, l’électroconvulsivothĂ©rapie (Ă©lectrochocs) peut ĂŞtre indiquĂ©e. C’est notamment le cas chez certains patients souffrant de formes catatoniques (perturbations psychomotrices particulières), dĂ©sorganisĂ©es ou associĂ©es Ă  des troubles de l’humeur.Pour traiter les symptĂ´mes de dĂ©sorganisation, la rĂ©habilitation (ou remĂ©diation) cognitive est privilĂ©giĂ©e. Il s’agit d’une technique non mĂ©dicamenteuse qui consiste Ă  identifier les diffĂ©rentes composantes cognitives altĂ©rĂ©es par la maladie (troubles attentionnels, mĂ©morisation, exĂ©cution…) et Ă  trouver des solutions pour guĂ©rir ou contourner ces troubles, Ă  travers des jeux de rĂ´les, des exercices ou encore une Ă©ducation Ă  sa propre maladie. L’objectif est de permettre au patient de retrouver une vie la plus normale possible. Cette approche d’origine anglo-saxonne se dĂ©veloppe beaucoup en France. Elle se pratique le plus souvent sous forme d’entretiens individuels entre le patient et un professionnel de santĂ© formĂ© Ă  cette thĂ©rapie (psychologue, infirmier…), au rythme de deux Ă  trois sĂ©ances par semaine pendant environ 3 Ă  6 mois.Des thĂ©rapies cognitivo-comportementales aident Ă©galement le patient Ă  Ă©viter l’enfermement sur lui-mĂŞme et la dĂ©socialisation progressive. Ces thĂ©rapies peuvent aborder des dimensions Ă©motionnelles (angoisse, estime de soi, gestion du stress), sociales (hygiène de vie, motivation Ă  entreprendre et aller vers les autres), ou encore mĂ©dicales (rĂ©duire la consommation de substances psychogènes, Ă©ducation sur sa maladie).

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