Les Infirmières libérales, victimes ou coupables, une question d’interprétation

Avec la multiplication des procédures en réclamation d’indus, les infirmières libérales sont bien (trop ?) souvent montrées du doigt et stigmatisées. Si chaque histoire est particulière, la multiplication de ces faits divers peut nuire à l’image même de toute une profession.

Quand les indus révèlent un manque de formation ou un manque de temps

Les procédures en réclamation d’indus de la part de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie constituent à la fois une véritable épée de Damoclès pour les infirmières libérales mais représentent aussi le quotidien d’un nombre toujours croissant d’IDEL(s). Chaque infirmière et chaque infirmier libéral a ses propres opinions et avis sur le sujet, et les indus restent un des sujets de discussion, suscitant le plus de réactions dans les forums spécialisés ou sur les réseaux sociaux. Parfois, les infirmières libérales commettent des erreurs, que ce soit par manque de temps ou par méconnaissance des règles compliquées de la nomenclature.

Parfois, et il ne s’agit pas de le nier, des agissements coupables peuvent être constatés, mais ces derniers restent néanmoins minoritaires et soulignent le fait, que chez les infirmières et infirmiers libéraux, comme dans toutes les autres professions, l’intégrité et l’honnêteté ne sont pas partagées pat l’unanimité mais par la très grande majorité seulement. Dans tous les cas, en revanche, ces procédures d’indus sont fortement médiatisées, au niveau local principalement, jetant l’opprobre sur toute une profession, dont les citoyens méconnaissent les conditions de travail.

Quand la profession d’infirmière libérale est injustement stigmatisée

Que retiendra-t-on par exemple de ce fait divers, qui a marqué les esprits des habitants de Nouvelle Calédonie. Les médias ont présenté l’histoire comme celle d’une infirmière libérale, ayant escroqué un de ses patients de la somme de 28 millions de francs CSP soit un peu plus de 242.000 €.Cette infirmière libérale d’une soixantaine d’année aurait profité de la faiblesse de son patient pour devenir sa compagne et lui extorquer les fonds avant de disparaitre. A la lecture de ce récit, on ne peut que regretter et condamner de tels agissements, d’autant plus que si ceux-ci sont répréhensibles par la loi, ils violent distinctement le code de déontologie des infirmiers. C’est donc une bien mauvaise image, qui est donnée de la profession d’infirmière libérale. Alors que les infirmières libérales sont plus souvent victimes d’agressions sexuelles ou sexistes que coupables de ces mêmes faits, elles peuvent être en outre dénuées de tout scrupule, et n’être attirées que par l’argent. C’est cette version des faits, qui est donc présentée pour relater ce « banal » fait divers. Il faut lire les attendus du tribunal de Nouméa pour comprendre qu’il n’en est rien, et que la situation ne ressemble pas à celle qui est décrite. En effet, si la présumée coupable » se déclarait infirmière libérale, l’enquête de police a démontré, qu’elle n’avait jamais obtenu ses diplômes. Il aurait donc mieux fallu parler d’une femme mal intentionnée plutôt que d’une infirmière libérale. Certes, le résultat n’aurait pas changé pour autant, mais cela aurait permis de ne pas créer l’amalgame et de ne pas jeter le discrédit dans l’esprit des citoyens. En revanche, dans d’autres situations, les procédures d’indus apparaissent non seulement comme justifiées mais ne constituent plus le seul grief, qui peut être porté contre les IDEL(s).

Des agissements coupables constatées aussi chez les infirmières libérales

Ainsi dans le Val d’Oise, un autre procès devant le tribunal correctionnel de Pontoise cette fois-ci (3 avril 2019) a permis de souligner les agissements coupables de médecins et d’infirmières libérales. Au sein de plusieurs structures de soins à domicile, ces professionnels de santé avaient élaboré un stratagème aux dépens de l’Assurance Maladie. Des prescriptions trop longues, des soins dispensés par les infirmières libérales alors que le patient n’était pas présent à son domicile, …. Les méthodes utilisées étaient aussi complexes que variées. C’est une infirmière libérale, qui a été condamnée ce 3 avril, reconnaissant que cette professionnelle de santé était le « cerveau de l’escroquerie en bande organisée ». La coupable et ses complices ont décidé de faire appel, estimant : « Nous allons faire appel. Ce qui nous est infligé, on le fait pour des narcotrafiquants. Or, nous avons soigné des patients. La France a décidé d’attaquer les professionnels de santé. Tout le monde ici a sacrifié sa vie de famille pour eux. La justice française est l’image de la France : antidémocratique. » Toujours est-il, que c’est bien l’infirmière libérale, qui a été présentée comme l’instigatrice de ces pratiques condamnables, et c’est peut-être ce qui restera gravé dans l’imaginaire collectif au grand désarroi de toute une profession.

Source : ALBUS.fr