Tous les ministres de la santé le savent : à ce poste, il est difficile de prendre de vraies vacances d’été. Depuis la dramatique canicule de 2003 qui a coûté son poste à Jean-François Mattei, tous ses successeurs redoutent le mois d’août et se tiennent prêts à remballer en quatrième vitesse tongs et serviettes de bain pour rentrer à Paris à la moindre alerte sanitaire. Agnès Buzyn ne déroge pas à la règle, consciente qu’elle devra, dans la torpeur estivale, ne pas quitter des yeux le thermomètre des urgences hospitalières.

Un mouvement assez largement inédit

Très redoutés dans les sphères gouvernementales, les deux épisodes de canicule, fin juin et fin juillet, n’ont pas provoqué d’afflux massif aux urgences (lire encadré). Mais la ministre n’arrive toujours pas à se sortir d’une crise qui, depuis mars, ne cesse de prendre de l’ampleur. En juin, une centaine de services se déclaraient en grève, sans que cela n’ait d’impact sur la prise en charge des patients. « Aujourd’hui, 217 services sont en grève », assure Candice Lafarge, aide-soignante à l’hôpital Saint-Antoine à Paris et, parmi d’autres, fer de lance du Collectif inter-urgence, à l’origine de ce mouvement assez largement inédit. Un mouvement qui bouscule tous les codes en vigueur.

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Jusqu’ici, en effet, tout était balisé dans le feuilleton des crises aux urgences. Dès que le couvercle de la marmite se mettait à bouillir, Patrick Pelloux, l’urgentiste le plus médiatique de France, lançait un cri d’alarme devant les caméras. Et le ou la ministre calmait le jeu en recevant les représentants des urgences. En général, uniquement des médecins. Sauf que cette fois, la colère est portée par des voix longtemps restées peu inaudibles dans le monde très hiérarchisé du monde de l’hôpital : celles des paramédicaux, c’est-à-dire les infirmiers et les aides-soignants.

Urgences, la révolte des « petites mains »
Un tournant que le ministère a mis, semble-t-il, un peu de temps à comprendre. Quand, à la fin du printemps, la crise des urgences s’est propagée, Agnès Buzyn, ancienne professeure des hôpitaux, a utilisé les ficelles habituelles. Et c’est devant un parterre d’urgentistes, lors d’un congrès à Paris, qu’elle a annoncé quelques mesures destinées à calmer la fièvre. « Cela a été très mal perçu sur le terrain. On a eu l’impression que, nous les infirmières et les aides-soignantes, on n’existait pas à ses yeux », explique Maël, infirmier aux urgences de Saint-Étienne.

« Nous en avions marre de se nous faire insulter ou cracher dessus ».

C’est la révolte des « petites mains » de l’hôpital public. Celles de soignants qui, lorsqu’ils ne sont pas syndiqués, osent difficilement prendre la parole dans les médias. « Mais cette fois, le ras-le-bol était trop fort », souligne Candice Lafarge, en poste depuis six ans à Saint-Antoine, l’hôpital où tout a démarré en mars. « On s’est mis en grève après une succession d’agressions physiques particulièrement violentes. Pour dire que nous en avions marre de se nous faire insulter ou cracher dessus. Et marre du manque de moyens », poursuit-elle.

Dans les jours suivants, la grève s’est étendue à d’autres services parisiens puis à toute la France. Une mobilisation inédite de soignants qui, sans refuser le soutien des syndicats, tiennent à rester autonome. Et qui utilisent largement les réseaux sociaux pour structurer leur action.

Aux urgences, les insultes et menaces de mort sont légion

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« Ce qu’on veut surtout, c’est parler du manque d’effectifs et de lits pour hospitaliser nos patients. Ces deniers jours, les médias ont parlé des urgences de Saint-Étienne avec ce patient de 72 ans qui est resté cinq jours sur brancard », souligne Maël. Ce cas, « certes exceptionnel », ajoute-t-il, est la conséquence d’un dysfonctionnement chronique.

« Début juillet, l’hôpital a fermé 28 lits de post-urgences, poursuit l’infirmier. Résultat, il y a une semaine, on s’est retrouvé un lundi matin avec 50 patients sur des brancards et pour lesquels nous n’avions pas de lits. À soigner des gens, dans des couloirs, juste derrière un paravent sans véritable intimité, vous avez le sentiment de ne pas faire votre travail comme vous le devriez. »

En juin, Agnès Buzyn a octroyé à tous les soignants des urgences une prime de 100 € net qui leur sera versée tous les mois. Un geste insuffisant pour le Collectif qui réclame une revalorisation des salaires de 300 € par mois et la création de 10 000 postes de paramédicaux aux urgences. « Et on ne lâchera pas », promet Candice Lafarge

L’impact limité de la canicule

Entre le 23 et le 29 juillet, la canicule a provoqué plus de 2 500 passages aux urgences et plus de 850 consultations de SOS médecins, selon Santé Publique France. « Si on considère qu’il y a 600 services d’urgence en France, cela fait en moyenne quatre passages supplémentaires par service. L’impact a donc été assez limité », indique le docteur François Braun, président de Samu-Urgence de France. Fin juin, la canicule n’avait pas non plus provoqué d’afflux massif vers les urgences. « Fin juillet, néanmoins, dans les jours qui ont suivi la canicule, on a constaté une arrivée plus importante de patients âgés, fragilisés par cet événement », constate Candice Lafarge, aide-soignante à Saint-Antoine.

Source : Lacroix
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