J’y étais… au premier colloque Pratique Avancée Infirmière à Marseille.

Ce vendredi 8 mars 2019 se tenait le 1er colloque de Pratique Avancée Infirmière. Organisé conjointement par Aix Marseille Université (AMU) et l’ARS, son objectif était de faire le point et de communiquer sur l’offre de formation de l’AMU alors que la 1ère promotion d’étudiants en Pratique Avancée Infirmière faisait sa rentrée en septembre dernier. Par l’odeur alléchée, je m’y suis rendue.

De manière générale, la demi-journée a été extrêmement dense. Le colloque fut ponctué d’interventions de qualité, apportant une masse d’informations conséquentes. Je vais donc me concentrer sur l’aspect le plus pratique, le nerf de la guerre, le pourquoi du comment à savoir l’intervention de monsieur Colson, directeur de l’école de Sciences Infirmières de la faculté des Sciences Médicales et Paramédicales.
Sa présentation débutera cependant dramatiquement : l’exercice de la fonction d’Infirmier en Pratique Avancée n’est et ne sera pas envisageable en activité libérale, même pas au sein des CPTS. L’IPA exercera soit en établissement de santé, soit en Maison de Santé Pluridisciplinaire (vous savez, les coquines MSP). Bon, une fois ce coup dur accepté, j’écoute avec attention monsieur Colson énumérer les activités, le référentiel métier et les spécialisations possibles de l’IPA. Et là la tristesse me resubmerge parce que quand même, tout ça colle à merveille avec mon quotidien d’infirmière libérale et je me serais bien vue bosser en collaboration avec les médecins généralistes afin de fluidifier, accélérer et améliorer mes prises en charge dans un cadre réglementaire béton… Allez, sois forte…
D’un point de vue pratico pratique, le métier d’IPA est une sorte de super exercice infirmier, qui prend en charge le suivi de patients avec leur accord et confiés par le médecin référent ou traitant. L’infirmier devient spécialiste (3 spécialisations possibles, d’autres à venir) grâce un champ d’activité étendu, qui va de la consultation à la prescription, de la réalisation d’actes techniques à la mise en place d’actions de prévention en passant par la contribution à la recherche scientifique. Pour vous donner quelques exemples, l’IPA pourra réaliser des pansements, des gazo, des EFR et même des examens de radiologie (tout ça bien sûr sans prescription). Il pourra prescrire des soins infirmiers, des bilans sanguins, des produits de santé. Pour ce qui est des spécialisations, 3 sont aujourd’hui proposées : pathologies chroniques stabilisées, oncologie et onco-hématologie, maladie rénale chronique / dialyse / transplantation rénale. A venir pour la rentrée 2019, une spécialisation en psychiatrie et d’autres verront sûrement le jour prochainement (allergologie, gérontologie…)

Pour ce qui est de la formation , rien de nouveau, deux années, M1 et M2, dont la première en tronc commun puis la seconde dans le domaine de spécialisation choisi (il est d’ailleurs important de préciser que l’IPA pourra exercer seulement dans ce domaine-là, à moins de se farcir toutes les M2 de toutes les spécialités). Le rythme est de 1 à 2 semaine par mois, agrémenté de 2 sessions de stage : 2 mois de stage en M1, 4 mois en M2 (tu vas rire, c’est le minimum mais si tu veux fermer ton cabinet pendant 12 mois pour faire ton stage tu peux, hein). Cinq lieux de stage possibles : l’AP/HM, l’Institut Paoli-Calmettes, l’Hôpital St Joseph, le centre hospitalier d’Aix-en-Provence et le centre hospitalier d’Avignon. Pour finir, évidemment, l’étudiant doit présenter un mémoire
Pour s’inscrire, seul prérequis, 3 années minimum d’exercice infirmier. Pour cette année, les inscription débuteront en avril 2019 via la plateforme e-candidat avec présentation d’un dossier standard accompagné d’un joli projet professionnel . A la question « oui mais en libéral on le prépare comment notre projet pro vu que l’exercice en libéral n’est pas prévu ? » la réponse tombe tel un couperet : à travers un projet au sein d’une MSP, pardi !

Pour le financement, les salariés sont clairement privilégiés puisque sans être la règle, la majorité d’entre eux sont financés par leur établissement. Pour les libéraux rien de concret, des discussions sont en cours au sein de l’ARS pour une éventuelle prise en charge à hauteur de 10500 euros ce qui couvrirait les frais pédagogiques des 2 années. Un financement FIF-PL est aussi envisageable (1400 euros par année civile) et pour la perte de salaire engendrée par les stages (6 mois sur 24 ça fait un quart de perte de revenus non ?) ben tu te débrouilles et tu fais une cagnotte Leetchee.
Et alors là on passe au « et après ? » et sincèrement, grosse déception. Les premiers diplômés arrivent à la rentrée 2019 (quelques chanceux masteurisés de sciences infirmières seraient entrés directement en M2) et pour leur avenir professionnel, c’est un peu flou. Il n’y encore rien d’officiel sur les statuts des prochains IPA, pas de grille salariale et pas d’indication quant à l’intégration des IPA dans les budgets des structures. L’ARS met apparemment la pression au niveau ministériel mais il paraît que là-haut, ils ont été un peu occupés par une certaine Loi Santé…
Voilà, résumé terminé. Pour ma part je suis repartie avec de très nombreuses et précieuses informations, autant sur l’articulation même de cette formation que sur ses enjeux. Cependant, force est de constater que ce projet n’en est qu’à ses balbutiements et les premières promotions devront essuyer des nombreux plâtres, et je pense notamment à l’après formation.
En tant que libérale, je me dis malheureusement qu’une fois de plus, peu de marge de manœuvre nous ai donnée afin de participer à l’avenir de notre profession. Peut-être parce qu’à l’avenir, on ne veut plus de nous dans cette profession ?

Camille DD

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